
Folon en couleurs
À ce jour encore, tout le monde connaît Folon, si ce n'est son nom, du moins son oeuvre. Qui, en effet, ne se souvient pas de sa fantastique affiche pour le dictionnaire Larousse ou de ses saisissantes illustrations des campagnes d'Amnesty international ? Lui qui affirmait douter que ses dessins puissent « changer quelque chose » a révolutionné cet art mal aimé des institutions et l'a propulsé à la première place. Coloriste de génie, touche-à-tout virtuose - aussi bien dessinateur que sculpteur, céramiste ou créateur de vitraux -, passant aisément des miniatures aux formats gigantesques, il avait le don de brouiller les frontières entre le réel et l'imaginaire, l'obsessionnel et l'improvisé, l'angoissant et le radieux. Flèches folles envahissant les villes, tours de Babel constellées d'yeux inquisiteurs, missiles dormant au fond d'aquariums, prisonniers dotés d'ailes arc-en-ciel, voyageurs transportant le soleil couchant dans leurs valises : en quelques traits, il a su montrer toute l'absurdité de la guerre, le saccage des forêts, l'invasion des machines, l'anonymat asphyxiant des villes, mais également la mystérieuse et somptueuse harmonie du monde.
Ce quatrième ouvrage des Cahiers dessinés consacré à l'artiste belge, publié à l'occasion de la troisième édition du Festival du dessin d'Arles dont Jean-Michel Folon est la tête d'affiche, réunit un florilège d'une centaine de ses dessins parmi les plus poétiques - aquarelles, encres et sérigraphies -, illustrant de manière particulièrement haute en couleur son engagement artistique : « Je ne pense pas que le but du dessin soit de servir une idéologie ni même de servir à quoi que ce soit. Un dessin ne sert à rien ; c'est comme un arbre ou une fleur, ça ne sert à rien. Mais sans les arbres et sans les fleurs, nous serions tous morts. »
Julie Bouvard et Stéphanie Angelroth - directrice de la Fondation Folon -, retracent l'histoire d'amour de Folon avec la couleur et rendent hommage à l'étonnante polyphonie de cet artiste pudique et délicat, tant inclassable qu'immédiatement reconnaissable.
Né le 1er mars 1934 à Uccle, dans les environs de Bruxelles, Jean-Michel Folon est d'abord publié dans des magazines américains. En 1963, la librairie parisienne Le Palimugre présente quelques-uns de ses dessins. Suivront de nombreuses expositions et rétrospectives dans des lieux prestigieux du monde entier. Lecteur passionné, il illustre un grand nombre de chefs-d'oeuvre de la littérature. Dès 1986, il sculpte des objets en bois, puis utilise l'argile, le plâtre et enfin le bronze. Il crée également des décors de théâtre et d'opéra, en Suisse, en Italie et en Belgique. Pour les lissiers d'Aubusson, il dessine des tapisseries, puis crée des vitraux dans des chapelles, en France, en Belgique, en Italie, à Monaco. En 1998, il entreprend des peintures murales de grandes dimensions, à Milan et à Rome, et réalise à Pietrasanta des sculptures en marbre de six mètres de hauteur. Pour le grand public, il est surtout connu pour ses affiches, dont le nombre avoisine les six cents.
Le 27 octobre 2000, dans le domaine Solvay, au sud de Bruxelles, la Fondation Folon est inaugurée en sa présence. En 2003, il est nommé ambassadeur de l'Unicef avant d'être décoré de l'ordre de la légion d'honneur par le président de la République française. Il meurt le 20 octobre 2005, à l'âge de soixante et onze ans.
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 25.0 cm
Epaisseur : 2.5 cm