
Europe, n° 1161-1162. Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke est né en 1875 à Prague, d'une ancienne famille carinthienne dont il était le dernier représentant. Après une enfance triste et inquiète, enfin sorti de l'École des Cadets à laquelle son père, officier, l'avait condamné, c'est une vie de voyages qu'il commence. Découvertes de l'Italie, de la Russie dont il apprend la langue. Stations à Worpswede où vit un groupe de peintres paysagistes et où il rencontre Clara Westhoff. Séjours à Meudon où l'attire la protection amicale de Rodin, à Paris où il fait la connaissance de Gide et de Verhaeren, dans les Baux où l'enchante le pur paysage provençal. Voyages encore et toujours : en Suède, à Rome, à Venise, en Belgique, au Danemark, en Egypte, en Dalmatie, en Espagne enfin - jusqu'à la guerre qui déchire en lui des fibres secrètes et le condamne à des années d'immobilité et de silence... Dans la solitude de la campagne valaisanne, il s'affranchit peu à peu du long cauchemar et remet sur le métier ses plus purs poèmes, les Élégies, conçues et commencées dès 1913 dans le petit château de Duino, où le bruit monotone de l'Adriatique, qui venait en battre les fondations, lui avait prêté ses rythmes les plus amples. Il vient de traduire les poèmes de Paul Valéry et - don aimable et imprévu - d'accorder sa « petite lyre » avec les mots les plus clairs de la langue française, lorsque, à l'âge de cinquante-deux ans, la mort l'enlève à une gloire européenne qu'il ne redoutait même plus, tant il avait fini par en faire peu de cas. Au commencement de Rilke était la poésie, et à sa fin encore, chaque parole qu 'il prononçait, en était chargée. Mais entre ces deux poésies se place une vie riche en expériences intimes, en souffrances qui peu à peu épuisèrent une âme et un corps sensibles à l'excès, en lutte avec tous les démons du coeur. « Car les vers ne sont pas des sentiments (on les a toujours assez tôt) mais des expériences... »
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 13.0 cm
Epaisseur : 2.0 cm