
Europe, n° 1109-1110. Alexandre Vialatte
L'idéal d'Alexandre Vialatte (1901-1971) était d'être « sobre, rapide, dense comme le marbre, aérien comme le papillon ». Sans oublier l'humour :
« Il m'a toujours semblé, écrivait-il, qu'il y a une parenté entre les plus hauts moments de l'art et les raccourcis saugrenus qui déclenchent le rire. »
Par bonheur, son humour est aux antipodes de celui des amuseurs patentés.
Il est fait de précision, de rapidité, de poésie et d'apparente incongruité.
« Je ne vois pas ce qui n'est pas fantaisie, à commencer par la réalité », écrivait-il à son amie Ferny Besson. Même le tragique est traité chez lui avec le décalage du rire, cette politesse du coeur. Traducteur précoce de Kafka dès sa découverte du Château au milieu des années vingt,
Vialatte considérait que le véritable artiste « est celui qui crée son monde, un univers à lui qui ne date que de son oeuvre ». Il disait aussi : « Ecrire, c'est courir après un sujet qui vous échappe, courir jusqu'au bout du vent.
Mais où est le bout du vent ? »... Dans ses romans comme dans ses chroniques, le chatoiement de l'écriture vient souvent d'un jeu de lumière dans l'ironie, qui en fait varier l'intensité. Férocité, dérision et tendresse se superposent dans le plissé de la phrase de cet écrivain qui a su éviter la lourdeur du sérieux pour dire des choses graves.
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 13.0 cm
Epaisseur : 1.9 cm